Depuis quelques temps, mon addiction est revenue d'entre les morts : ça me terrifie. Naïvement, j'ai pensé que tout terminé, que plus jamais elle ne reviendrait me hanter. Un jour, elle vous croise dans la rue, des regards s'échangent, un contact physique s'établit – le pire, il me semble – des sons fendent l'air et soudainement, tout revient. Beaucoup de choses s'entrechoquent et ravivent cette braise à demi éteinte. Autour, rien n'a changé mais à l'intérieur de soi-même : un sentiment profond de peur qui se mélange à un certain plaisir, et qui vient cogner dur à l'estomac.
Ma toute première fois demeure très floue dans mon esprit, ou bien peut-être étais-je trop jeune pour qu'elle s'inscrive dans mes tripes. C'est une expérience très occasionnelle, d'autres disent que c'est plutôt rare. Pourtant, toi, moi, lui, elle, eux...ont y a tous goûté, sinon c'est inéluctable. Je suppose qu'elle ressemble à la foudre qui tombe sur notre corps, une chaleur & une douleur sans pareil que rien n'égale. Elle s'insinue lentement d'abord par nos yeux, un bref instant tout est noir et tout se trouble. Elle s'attaque ensuite à notre peau par des contacts anodins qui resteront fatals. Les symptômes qui suivent sont d'une horrible souffrance, le principal organe visé est le coeur. Cette drogue : l'amour, est la pire de toutes.
Et après ? Un shoot de plus, rien que pour le plaisir : je ne vis que pour ça. Une dose massive dans mes veines, mes pupilles qui se dilatent, mon corps tout entier qui convulse lorsque j'aperçois son ombre, mon coeur qui bat à n'en plus finir, mes tympans qui saignent aux sons de sa voix, ma peau qui me brûle sous ses caresses, une impression d'insatisfaction totale : elle me manque. Rien qu'un shoot, délicatement posé sur mes lèvres, des écorchures gentiment dessinées sur ma peau, des effluves d'un parfum inhalées qui déchirent les narines...
Il faut attendre le moment parfait, ne pas se précipiter pour mieux profiter après un shoot à l'ombre d'un square.



